Tres Lenguas

OEI, Paris 2001. Intervención en el debate

Miguel Rojas Mix

Je voudrais exprimer quelques doutes concernant les concepts de mondialisation, de multi culturalité, d’identité et le thème de la paix, étant donné que toutes les cultures n’ont pas nécessairement la paix comme une valeur. Quelle est la relation de la multi culturalité et la mondialisation, puisque la multi culturalité peut être utilisée par la mondialisation,  et que connaître la culture de l’autre permet de vendre. La valeur du multiculturel est la capacité de générer des critères de pertinence nous permettant de savoir ce qui intéresse à la mondialisation. Personne ne peut échapper à la mondialisation, mais il faut savoir choisir ce qui y est utile pour nous dans la mondialisation et ne pas nous laisser manipuler par elle. Ces critères de pertinence sont aussi bien économiques que culturels; c’est à nous de décider ce qui est pertinent ou pas pour notre culture. La mondialisation est un processus de colonisation dangereux, et face à cela il faut prendre des décisions et avoir la capacité de déterminer ce que sont nos valeurs pour faire nos choix culturels et économiques. Or ce sont des choix étroitement en rapport avec le thème de l’identité, car c’est là la base des critères de pertinence. L’identité est-elle une valeur absolue, comme la liberté ou la justice ? Il ne faut pas oublier que l’exaltation de l’identité comme valeur suprême est caractéristique des régimes totalitaires. Il faut savoir donc à quel point identité et démocratie peuvent aller ensemble. Par rapport à la multi culturalité, je l’entends comme les valeurs de l’autre qui peuvent enrichir ma culture, mais aussi être des facteurs de colonisation, dont je dois tenir compte pour établir les critères de pertinence qui défendent mon identité et contribuent à notre développement. L’autre thème qui m’inquiète est l’idée de la latinité, sous-jacente à cette rencontre, qui a été un concept hégémonique dans la conception géopolitique du XIXe siècle. C’est au nom de la latinité que Maximilien envahit le Mexique, avec l’appui de Napoléon III. Il n’y a donc pas d’innocence, dans le discours de la langue non plus. Le dernier rapport de la CEPAL montre que l’Espagne est le premier investisseur en Amérique Latine, et qu’elle est même au-dessus des États-Unis dans le secteur bancaire. Il constate aussi que l’Espagne n’a pas la même expansion en Europe, en Asie ou en Afrique. Pourquoi en Amérique Latine ? Pour la culture, justement. Et la critique du rapport de la CEPAL à l’Espagne est qu’elle n’a pas de politiques culturelles qui soutiennent ces investissements, elle génère donc une méfiance considérable, car on commence à vivre ce phénomène comme une deuxième conquête, une deuxième invasion. Analysons donc le thème de l’identité, de la langue, mais en identifiant les dangers. Il est courant de trouver derrière un discours d’identité un projet d’hégémonie; projet sous-jacent qui reflète des intérêts autres, qui ne sont pas en relation avec les pertinences de chacun de nos peuples, les priorités de nos sociétés, et ce que nous avons à développer au niveau économique, universitaire, culturel, pour nous développer dans la mondialisation, en tant qu’individus, en tant que communautés, en gardant nos valeurs essentielles.

Miguel Rojas Mix

Je partage les préoccupations de nos collègues sur la nécessité de défendre la langue française, mais si je partage ces préoccupations sur ce que représente la société globalisée, et tout ce que signifie la menace de l’anglais, c’est le thème de la défense de la langue qui suscite chez moi un certain doute. Qu’est-ce que la défense d’une langue ? Elle n’est pas tant la défense institutionnelle que la défense créatrice, car c’est la création qui permet de défendre une langue. A ce propos, je me pose un certain nombre des questions. Enseignant à l’université française pendant des années j’ai vu des étudiants latinoaméricains passer des examens devant des collègues qui les notaient très sévèrement en disant qu’ils parlaient un espagnol qui n’était pas correct, car il n’était pas celui de la péninsule. La défense de la langue pour eux était l’exclusion des langues que l’on parlait en Amérique latine. Ils introduisaient un concept de corruption, qui me préoccupe au premier chef. La corruption, c’est la langue parlée en Argentine, en Colombie, au Chili ; dans ce cas je suis pour la “corruption”, puisqu’elle a généré une des plus grandes littératures de ce siècle. Il serait terrible de castrer cette “corruption”. Ce qui est inquiétant dans le cadre de la défense de la langue est l’idéologie qu’elle  peut cacher. Je suis d’accord pour la défense de la langue française, mais je ne sais pas si je suis pour l’idéologie de la latinité. Comme je l’ai dit auparavant, la latinité a été une des idéologies de la colonisation du XIX siècle. La “corruption” est la base de l’identité, dans la mesure où elle nous donne notre personnalité différente dans le cadre d’une même langue. Unamuno disait que la langue est une patrie; sans être nationaliste je peux dire que la possibilité de communiquer sans barrières est un grand avantage pour l’idée de la communauté. Mais je crois que dans ce cadre chacun a sa propre identité, sa spécificité, et ceci est souvent lié à la “corruption” ou à la créativité.